
Live report : pour la sortie de son troisième Opus - Bajo El Mismo Cielo - La Dame Blanche était à la Marbrerie pour la release party ce vendredi 25 mai 2018.
Un ciel orageux.
Ma box affiche 19h30. Dernière couture sur mon pantalon à rayures, j’enfile un large t-shirt, ma veste en jean et chausse la paire de Doc' couleur marécage qui se trouve à ma portée. Chignon bataille - classique concert. Je checke une dernière fois mes poches, attrape mon sac et ZOU !50 minutes de métro me séparent de la Marbrerie dans le 92. Heureusement que j’ai sous la main Jewish Gangster, un bouquin que je recommande au passage. Je me tape toute la ligne 9 à l’heure de pointe – un régal. Une pensée pour le rappeur Swift Guad en dépassant Croix de Chavaux et j’arrive enfin au terminus : Mairie de Montreuil.
Je marche 3 minutes sous la pluie - comme la fois où j’étais partie voir Secret Value Orchestra - et l’odeur des gouttes au contact de l’asphalte me rappelle ces douces pluies tropicales. On est le 25 mai, l’été 2018 arrive et l’orage le suit de près.
La Marbrerie.
Je rentre dans le hangar de la Marbrerie, c’est grand et plutôt vide. En fond sonore, on peut entendre Max Romeo chanter «I'm gonna put on a iron shirt, and chase Satan out of earth», suivi d’un Eek a mouse, Police in helicopter. La playlist tourne. La soirée est articulée par le collectif Demolisha, la fierté de Montreuil. Ce sont des DJs devenus pro dans l’organisation de soirées hip hop au début des années 2000.Les quelques personnes dans les environs ont les mains prises par leur plateau chargé d’assiettes fumantes provenant de la cantine. Pilons de poulets, boulgour et patates douces pour les viandards ; lentilles et tofu pour les veggies. J’opte plutôt pour un ti’punch, puis un autre (ne me jugez pas). Je patiente et prends quelques notes avant de redescendre vers la scène où s’installe Paloma Pradal qui assure la première partie du live. Vous souvenez-vous de ce vieux tube de Taiwan MC, Catalina ? Et bien la chanteuse c’est elle.

Place à La Dame Blanche.

Elle arrive cigare au bec, paraît d’un jupon de dentelle blanc, casquette vissée sur ses tresses, soutien-gorge en sequin à paillettes apparent, le tout monté sur deux talons à lacets blancs kitch façon Mary Poppin’s. Elle prend sa flûte traversière et démarre un enchaînement de notes sur un riddim ragga hip-hop. Le ton est donné, les hanches se mettent à chalouper en rythme et le public se met à chanter Una copa Llena.
Bercée à la rumba cubaine, sa terre de naissance, Yaite est aujourd’hui une figure phare de la nueva cumbia qui dynamite l’Amérique latine. Sa palette musicale, aux multiples couleurs, passe du hip-hop au reggae en passant par le dancehall, la cumbia ou le moombhaton. C’est “un genre de fusion musical entre la house et le reggaeton, créé par le Dj et producteur américain Dave Nada”. Dans ce troisième album, on retrouvera moins de flûtes, mais plus de sonorité hip-hop.
Dans le titre Ave Maria, la jeune femme chante l’histoire d’une voisine de sa mère au destin tragique. Elle décrit les vies des personnes atteintes de troubles de la personnalité, dans Dos Caras. Ou encore le quotidien d’une femme au corps épuisé, dans No da para na, on comprend qu'elle parle de son histoire personnelle.« J’y trouve une liberté, que je ne rencontre dans aucun autre style. Dans le hip-hop, je me sens libre de toute technique, dégagée des structures imposées », nous dit Yaite Ramos.
On peut dire qu’elle sait prendre soin de son public, à coups de lampées de Diplomatico. La soirée est arrosée autant dans les gosiers que sur les nuques, ça sent la sueur, le cigare, le rhum et l’amour.
Photo : ©ManonDurand